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Parfois, en marchant, on tombe sur une énigme. Elle ne dit rien, ne fait pas de bruit. Elle se dresse là, dans le silence des champs, au bord d’un chemin, offerte à qui sait regarder.
Ce jour-là, c’est un arbre qui m’a parlé. Ou plutôt, deux moitiés d’un arbre. L’une, presque nue, comme décharnée, dressée malgré tout vers le ciel. L’autre, massive et rugueuse, refuge d’une vitalité nouvelle. Et entre elles, un lien : ce lierre, témoin discret qui tisse, patiemment, la continuité. L’arbre a été fendu, sans doute par le temps ou la foudre, ou peut-être par le lent travail de la vie elle-même. Mais il n’est pas mort. Il s’est adapté, il s’est réinventé. Et dans cette brisure, quelque chose d’essentiel s’est révélé : une forme de dialogue. Une mémoire du vivant. Il y a là, dans cette scène immobile, une métaphore de notre condition humaine. Nous portons en nous des cassures, des érosions, des séparations. Le passé parfois se détache de nous avec violence. Et pourtant, il reste présent, à portée de main, de cœur, d’âme. Il ne demande qu’à être relié à ce qui pousse encore, à ce qui bourgeonne et s’élance vers demain. Cette image me parle d’un temps réconcilié. D’un lien qui, au lieu de fuir les blessures, les intègre. Le lierre devient alors messager : il ne recouvre pas pour cacher, il relie pour que circule la vie. Et par ce geste végétal, c’est le futur qui répond au passé — non pour répéter, mais pour poursuivre autrement. Il faut parfois qu’un arbre se rompe pour révéler la profondeur de ses racines. Il faut parfois que l’histoire se fissure pour laisser passer la lumière. Il faut, surtout, apprendre à regarder autrement. #LaBeautéduMonde, ce jour-là, s’appelait résilience.
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AuteurLouis Mouchet, cinéaste très indépendant Archives
Juillet 2025
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